Usage de la violence: le débat qui oppose…

« La révolution sociale ne se propose point de brutaliser les personnes, mais au contraire d’assurer la vie et la dignité de tous, et de ceux-là mêmes qui sont aujourd’hui des privilégiés, sous la loi commune du travail souverain. La révolution ne consiste point à détruire ou à endommager les biens, les usines, les mines, les machines, mais à en transférer la propriété aux travailleurs groupés et affranchis ».

 Jean Jaurès à la tribune de l’assemblée, le 19 juin 1906.

Utopiste, plein de naïveté, voire désuet, au regard du contexte actuel.

Les photos des deux cadres d’Air France brutalisés par les grévistes ont fait le tour du Web et des Mass Medias. Inévitablement, et comme toujours, deux camps se sont immédiatement opposés. Celui d’un axe  » économiquement libéral » qu’on peut dire représenté par le patronat, quelques analystes politiques ou économistes sensibles au Laisser-Faire, des politiques en partant du centre-droit, et les flashs redondants d’information continues qui auront le don de conforter l’employé de bureau dans l’idée que tout ouvrier est un gréviste sanguinaire en puissance bête comme ses pieds. En face, d’abord des personnes enragées d’apprendre qu’ils vont faire partie des 2900 postes supprimés ( des personnes qui ont des familles à nourrir), puis des formations politiques d’extrême-gauche idéalisant la Lutte contre le Grand Patronat ( mais se couchant devant le PS!), et des personnalités dites radicales pas forcément de ce bord.

En tout premier lieu constatons, avec du recul, que la France a un énorme problème en termes de Management. C’est juste catastrophique. La racine du mal elle est dans toutes ces écoles post-bac ( qui se concurrencent, faut-il le signaler) où dès la première année des apprenants vont subir un bourrage de crâne par des formateurs. En gros, ils devront se considérer comme faisant d’une Élite et analyser le reste du monde sous le raisonnement binaire- américanisant- du Gagnant/Perdant. Oh on leur apprend à gérer des structures, à maîtriser des langages techniques et bien sophistiqués relatifs aux domaines dans lesquels ils comptent acquérir des compétences. Au cours de leurs stages, puis de leurs cheminements, ils apprendront à peaufiner leurs techniques. Mais là n’est pas l’essentiel. Ce qui va être essentiel pour eux, comme on leur a plus que souvent asséné, c’est « Le plan de carrière »,  « L‘ambition personnelle couronnée par la réussite », « Saisir une opportunité« , « le plus important c’est vous« , et on mise tout sur l’aspect communicationnel. Volontairement, on formate des Tueurs, des hommes et des femmes prêts à tout pour accéder aux postes convoités. Des individus volontaires pour sucer leurs boss ( ou ouvrir en grand leurs raies des fesses) dans des toilettes turques insalubres, et qui peuvent dès le lendemain aller poser une plainte pour Harcèlement Sexuel. Des Tueurs. Dans leurs têtes un centime de moins dans leurs portefeuilles est un deuil infiniment plus grand qu’un ouvrier perdant la vie sur un chantier. Ce sont des enflures, oui. Doublement, triplement, quadruplement, quintuplement si vous voulez. Négocier avec eux équivaut à faire une partie de cartes en sachant qu’ils ont truffé de caméras l’emplacement depuis lequel vous jouez…et qu’ils sont unis comme les cinq doigts de la main au distributeur des cartes ( la Classe Politique).

 Être vis-à-vis d’eux dans la position de Jaurès- illustrée en avant-propos- c’est bien gentil, mais ça ne sera pas suffisant!

Que faire alors? Pour certaines voies le recours à la violence, au tout pour le tout, est irrémédiable. Le premier souci est que la violence engendre la violence, c’est une spirale infernale sans fin. Nos vies valent plus que leurs profits, ou leurs chemises. Et tout DRH qui soit n’est pas responsable des décisions de son entreprise ( le DRH est dans une position similaire au Keynesien par rapport au Marxiste et au Libéral- prit en sandwiche il est vu comme un laquais du patronat ou bien pour un sympathisant des grévistes). Deux, c’est pas pour rien que les budgets sécurité des grandes entreprises ont quasiment enflé. Demandez par-exemple à n’importe quel vigile ce qu’il penserait de l’éventualité d’être armé. Mieux, faîtes un sondage après et votre sang se glacera. Si Nestlé est capable de recourir aux services d’une fameuse compagnie de sécurité pour aller espionner ATTAC, ou si Coca-Cola est capable d’engager des paramilitaires pour dissoudre des syndicalistes, tout cela pour protéger ses intérêts, alors c’est pas inconcevable que ça qu’un groupe de la dimension d’Air France puisse charger  des agents industriels d’infiltrer des grévistes en colère et semer les graines de la colère…ou bien glisser des enveloppes à des syndicalistes réputés « agitateurs ».

Cassez-tout, ils n’attendent que ça.  Ils toucheront les assurances, c’est pas un souci.

N’en déplaise aux tenants de la lutte anti-capitaliste mais il existe des entreprises dans lesquelles les foutoirs ne sont pas les seuls faits des patrons (ces cochons de capitalistes). S’agissant d’Air France on a le cas typique d’une entreprise longtemps sans concurrence pourrie de l’intérieur par les sauts d’humeurs de certains salariés qui s’en sont tenus à la facilité suivante: prendre les usagers en otages. Sans compter les tarifs des couloirs aériens, si vous êtes anticapitaliste cherchez les coûts de location d’un avion ( qui doivent amortir le coût de production) ou celui des ravitaillements en Kérosène, et ajoutez-y la masse salariale…vous verrez bien si tout ça ne coûte pas cher! Maintenant, si vous pensez que c’est en s’attaquant seulement aux spéculateurs que le problème sera résolu…autant vous mettre un doigt dans l’œil!

Peut-être que la première des choses à révolutionner en France ce serait la mentalité. En France, nous avons toujours cette fichue manie de croire que tout est une question de forme. Or, c’est une question de fond, de re-paramétrage.

Le système actuel, en déliquescence, empêche toute remise en question.

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