Vers l’ère de l’Auto-Justice

« Mais si malheur arrive, tu paieras vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, meurtrissure pour meurtrissure. » Exode 21,23-25

« Si un homme frappe à mort un être humain, quel qu’il soit, il sera mis à mort. S’il frappe à mort un animal, il le remplacera – vie pour vie. Si un homme provoque une infirmité chez un compatriote, on lui fera ce qu’il a fait : fracture pour fracture, œil pour œil, dent pour dent; on provoquera chez lui la même infirmité qu’il a provoqué chez l’autre« . Lévitique, 9,17-22

Do you believe in Jesus? You’re gonna meet Him. Paul Kersey, Death Wish II.

Image: Gérard Lanvin dans Tir groupé de Jean-Claude Missiaen (1981)

Nous ne sommes pas à un paradoxe prêt. Les dernières lois sécuritaires font par exemple, sans exagérer, que vous êtes traqué numériquement jusqu’à la couleur de votre slip. Certains tronçons d’autoroute peuvent être surveillés par des drones pour verbaliser certains comportements, il ne faudrait pas oublier que l’automobiliste est une vache à lait. En ce pays où on pense que tout problème vaut une loi on prend même le temps de faire voter une Loi pour une sécurité globale pour contenter les pauvres fragiles du Syndicat Alliance (ou cet intervenant) qui ne supportent pas les critiques, et qui veulent conforter leurs collègues que porter un flingue et une plaque puissent les conforter dans leur sentiment d’être au-dessus de la Loi qu’ils sont censés faire appliquer au regard de la Constitution. En gros, continuer d’avoir des comportements de racailles…


Aux critiques en retour des interventions disproportionnées ( affaire Zeclerc, Gilets Jaunes avec le LBD), des propos dégueulasses tels que cogner du singe, ou la défaillance de l’IGPN, le sentiment anti-flic développée par la rhétorique racialisante d’une certaine extrême-gauche indigéniste- minoritaire- est monté en épingle avec la collaboration des médias au Bolloré de pacotille. La belle affaire, donc, d’invoquer un climat anti-flic après qu’un membre des services de police soit tué lors d’une intervention sur un point de deal, ce qui grosso modo 1) n’avait rien à voir et 2) souille la mémoire du défunt au passage.

Bref, c’est un petit peu facile de tout confondre. Le sentiment de douleur vis-à-vis d’un policier mort dans l’exercice de ses fonctions ne doit pas empêcher les critiques, surtout lorsque l’instrumentalisation de la mort d’un policier sert à promouvoir ce genre de méthodes peu orthodoxes qu’avaient opté le gouvernement mexicain période Calderon pour faire la guerre aux narcotrafiquants- et résultats, quinze ans plus tard, on compte plus de 275 000 morts contre…une militarisation tout azimut des Narcos.


Il en est de même pour les policiers qui se suicident ou qui partent en dépression faute à un management inhumain.
Revenons aux citoyens. L’institution policière cherche avant tout à protéger les intérêts de l’institution et non plus les citoyens comme en témoignent certaines agitations syndicales. Pour une victime de préjudice le fait de pouvoir porter plainte est un parcours du combattant. Sans surprise des victimes de violences conjugales, d’agressions sexuelles, ou de viols se sont vues déboutées de leurs plaintes. Si il y a eu certes des cas d’accusations mensongères, ou des cas de cinglées arrivant avec des  » Je viens porter plainte pour viol contre X avec lequel je me suis retrouvée au lit après qu’on ait bu des chopes de bière », il est aussi avéré que cette institution a aussi en son sein des hommes qui cognent sur leurs secondes moitiés en plus d’en avoir d’autres qui soient fanas de conneries racistes et autres joyeusetés genre Fichages S ( neonazisme, islamisme). Pas pour rien qu’ait vue le jour une pétition qui demande le recensement des policiers et des gendarmes impliqués dans des violences intrafamiliales.


Vient ensuite les moyens dont disposent les services de police. Et là aussi y aurait matière à dire. Tout en réduisant les effectifs de police et de gendarmerie Nicolas Sarkozy a introduit la culture du chiffre à l’américaine ( sans mettre de moyen!!!). Ainsi que l’insinuait Philippe Bilger sur le plateau de Sud Radio, pour une fois qu’il soit pertinent, le problème aussi avec l’actuel locataire de la Place Beauvau et d’une certaine ministre déléguée- ainsi que de Manuel Valls- est qu’ils pensent en termes médiatiques. De là à penser que des notes en internes circulent pour donner la priorité à des affaires graves par rapport à d’autres qui le sont plus ou moins y a qu’un pas.


Faute de temps, d’argent, d’effectifs, ou d’humeur, des affaires où des individus ont subi des préjudices inimaginables sont classés.


L’autre secteur défaillant est la Justice. Une grande majorité des citoyens sont épouvantés, indignés, ou en colère, à la lecture de certains jugements ou de certaines décisions. La Justice, rappelons-le, est là pour trancher en se basant sur les faits établis, les témoignages, les preuves récoltées, ainsi les articles de lois, et non pour appliquer une soi-disante  » justice populaire » telle que montrée dans certains films violents ou telle que fantasmée par certains pseudo-rebelles qui pourraient justement en faire les frais- vu leurs attitudes- le jour où ils tomberaient sur les mauvaises personnes.
La problématique de la surpopulation carcérale est peu débattue et nous ne sommes pas les mieux lotis avec des politiciens démagogiques dans un sens comme dans un autre ou bien par des coups d’éclat de militants capricieux.

Nos prisons n’ont plus l’effet dissuasif d’antan et sont devenues des fabriques à criminalité, permettant ainsi un passage de grades ( sauf pour les violeurs et les pédophiles dont la durée de vie moyenne est courte): quelqu’un incarcéré pour un petit larcin peut devenir quelques temps plus tard un petit caïd et ainsi de suite. Rappelons aussi que la France a été plusieurs fois épinglée pour sa gestion catastrophique des prisons: en 2009, L’Observatoire International des Prisons la classait juste devant la Moldavie ex-pays du bloc Soviétique!!! En 2014, elle était épinglée pour son taux de suicide important à l’échelle européenne. En 2018 les prisons françaises ont été pointées pour leur insalubrité. Les conditions de travail des surveillants pénitentiaires, en sous effectif, se sont largement dégradées: agressions, salaires bas, et taux de suicides importants aussi…


On imagine sans mal, donc, que des gens allant en établissement carcéraux pour des faits de petite délinquance, disposant de peu de repères, de peu d’éducation aussi, se déshumanisent +++ parce qu’en fin de compte livrés à eux-mêmes puisque nous ne sommes même plus dans l’optique du « Surveiller et punir » de Michel Foucault. « On ne peut juger du degré d’une civilisation qu’en visitant ses prisons » qu’il disait Fiodor, lui-même incarcéré et condamné à mort avant d’être grâcié sur le peloton d’exécution.


Justement c’est quoi le degré de la civilisation en France? C’est bien beau de ne voir le problème sociétal et même civilisationnel que sous le prisme d’un clip de rap violent où l’artiste insulte à tout va, promeut la came, le fric facile, ou les filles qui twerkent ( surtout si l’artiste est Noir ou Rebeu). Mais ces influenceurs politiques à la noix, ces polémistes à la con, ou ces politiciens cybermilitants qui se targuent d’écraser l’Autre ne se comportent-ils pas eux aussi pareils à des racailles?


Mais comment ne pas être interloqué devant les cv des personnes souvent incriminées dans des faits divers. Comment se fait-il que l’ex-mari de Chahinez Boutaa ( féminicide numéro 39 de l’année 2021) était non seulement en liberté mais qu’il pouvait continuellement traîner dans le quartier de résidence de son ex-épouse, continuer de faire planer la menace, et se procurer une arme? Comment se fait-il aussi que la victime n’ait pas eu un portable d’urgence? Que le gars n’ait pas eu de bracelets électronique ou d’interdiction de séjour?!


Dans ce que nous voyons c’est bel et bien l’explosion d’une ulraviolence au travers de petites criminalités. Là où en fait les règlements de comptes entre caïds ne vont concerner que les protagonistes eux-mêmes et leurs entourages ( néanmoins il peut y avoir des victimes collatérales), les petits criminels de maintenant- qui présentent aussi des tares, des carences intellectuelles- recourent à des actes de sauvageries inouïes qui défient l’entendement ( et très souvent pour des motifs ou des butins dérisoires).


Faire son auto-justice est tentant. On a au moins le cas récent du lynchage d’une personne ayant été incarcéré pour des faits de viols. Également, le cas hallucinant d’un certain détraqué évoluant dans la Banlieue Parisienne- auteur de viols, d’harcélement, et de menaces de mort- aurait pu se faire crever par des jeunes gens prêts à s’organiser depuis les réseaux sociaux si la police n’était pas intervenue à temps.


L’inconvénient c’est qu’il peut y avoir un mensonge de la prétendue victime qui  » surfe sur la vague » pour régler des comptes ou par quête de notoriété. Ensuite, chacun a une vision de la justice et de l’injustice qui lui est propre. Si X l’ordure intégrale estime par exemple que son châtiment est disproportionné par rapport à son acte il va vouloir à son tour chercher à se faire justice. Variante si dans l’entourage de X il se trouve une personne qui- approuvant ou pas les méfaits de X- estime qu’il y a un préjudice subi par son proche et que celui-ci ne se lave que par la vengeance. Et à la fin on ne s’en sort plus!

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