Autoportrait en noir et blanc

La vérité, c’est que les idées sont déterminantes. Notre langage, formel et informel, forme notre réalité. La terminologie que nous employons, et que nous acceptons, est déterminante. L’image de nous-mêmes que l’on fabrique et que l’on tolère est déterminante, tout comme les histoires que nous récitons pour raconter à nous mêmes et aux autres qui nous sommes, d’où l’on vient et où on pense aller. Si vraiment nous souhaitons réparer ce qui ne va pas dans notre société, il ne suffira pas d’adopter de nouvelles politiques ni même de nouveaux comportements, mais rien de moins héroïque que de nouvelles idées. Thomas Chatterton Williams, Autoportrait en noir et blanc ( p57, Grasset).

Dès le jour de la naissance de son premier enfant, Thomas Chatterton Williams a entrepris de « désapprendre l’idée de race » et je ne peux tomber d’accord que sur ce point: la race est- avant tout- une construction mentale.

Pour cause, son enfant né de l’union avec une journaliste française- blanche faut-il préciser- est une quarteronne née blonde avec des yeux bleus, or Chatterton Williams a grandi avec la représentation selon laquelle une goutte de sang noir donne forcément un être Noir ( ou afro-américain de couleur noire). Né d’un père Afro-Américain et d’une mère WASP, il interroge son passé familial en compilant anecdotes, faits documentés, observations sociologiques, citations de grands auteurs, ou même des confrontations de points de vue.

Il y a aussi le bouleversement d’être père qui entre en ligne de compte, et pose la question de l’héritage: et c’est là où le bât blesserait plus d’un car la croyance d’appartenir à une race est une chose, ce que pourraient éventuellement dire vos gênes en est une autre.

Il y a ce que l’on est et qui on est. Une personne forme un tout: elle a des origines ethniques, sociales, religieuses peut-être, culturelles, mais elle a aussi une personnalité, des manies qui font sa singularité, des goûts prononcés ( musicaux, vestimentaires, culinaires, etc), une opinion qui lui est propre, une histoire personnelle, une attirance sexuelle aussi, et des compétences qui lui font exercer tel poste plutôt que tel poste. Rien n’est vraiment déterminé. Le prochain Einstein pourrait très bien être d’origine Malienne, Algérienne, ou Vietnamienne.

Voilà ce dont les discours de type identitaires ou ethnocentrés n’admettront jamais, puisque le groupe prévaut sur l’individu, qu’au nom de la préservation du peuple des éléments allogènes on ne saurait voir ou accepter que X venant d’une famille immigrée ne puisse vivre sur le même sol, qu’il soit honnête ou non, qu’il soit compétent ou non. Ou bien que Y désirant s’intégrer, s’assimiler, ait des opinions et un mode de vie qui diffère de l’hétéronomie décrétée par ce genre de mantras communautarisants foireux. En cela les tenants de la Remigration et du Privilège Blanc- fouteurs de merde comme pas possible- peuvent s’entendre en ce qu’ils usent des mêmes rhétoriques.

La race, le sexe ( genre), la religion, l’attirance sexuelle, le nom patronymique, ou la nationalité, ne sont que les pièces d’assemblages d’une construction complexe. En aucun cas l’une d’entre-elles ne saurait résumer un individu.

Il est juste dommageable que Chatterton-Williams n’ait pris que son seul cas. Mais c’est un autoportrait, autrement l’exercice serait autre et s’intitulerait autrement.

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