Violences policières: l’impossibilité du débat

« Si on supprime l’usage des armes intermédiaires pour nos forces de l’ordre, que reste-t-il pour faire face à des agressions ultraviolentes ? Le contact physique ? Leur arme de service ? Ma mission, c’est aussi de protéger ceux qui nous protègent. » Christophe Castaner.

 

Depuis de trop nombreuses années, les rapports entre les services de police et l’ensemble de la population se détériorent. Ça va de mal en pis avec les maux économiques, où nos services de police sont de facto assimilés à une milice d’état. Grâce au sabotage des débats orchestrés d’une part par des collectifs et des personnalités anti-flics véhiculant des discours dans le sillage du PIR, et de l’autre des personnalités et des formations politiques adeptes du tout sécuritaire plus que souvent orientées très à droite (avec le Rassemblement National jamais loin), il est quasiment impossible d’avoir un débat posé autour des violences policières.

Prenons simplement l’exemple d’un contrôle de police, en plein cœur d’un point chaud, qui a mal tourné.

Pour les uns, pousseurs du slogan ACAB ( All Cops Are Bastards, Tous les flic sont des bâtards), le tort sera forcément dû à la police puisqu’elle est «  forcément constituée » de cow-boys fascistes- reste d’une culture anti-flics qui trouve racine dans les cultures contestataires Hip-Hop et antifasciste. Pour les autres, étant donné que les jeunes contrôlés sont Noirs et Arabes, ou qu’ils auront la peau plus sombre, ils sont de facto coupables- bien de commentaires puants au bas des articles de faits divers vous le diront !

Or, les contrôles au faciès existent bel et bien et pourrissent le quotidien de gens qui n’ont rien à se reprocher. Certains contrôles ont pu dégénéré par les seules fautes d’un élément de langage ( tutoiement, vanne raciste) ou d’un acte brutal disproportionné. Des cas sensibles ont pu notamment poser question, et allez expliquer ensuite aux gens qui ont assisté directement à certaines pratiques- ou qui en ont été victimes- que les forces de l’ordre sont là pour veiller à la sécurité de tout citoyen.

À contrario, des jeunes ont tendu des embuscades aux forces de l’ordre, voire ont cherché la confrontation tout court. Comme si ça ne suffisait pas, l’administration policière est kafkaïenne et le rapport avec le politique est lunaire. Sans compter le manque de budget, les frictions entre policiers, le taux de suicide qui a passé le cap du niveau alarmant, autant de facteurs qui sous-entendent que les effectifs de nos policiers sont sur les rotules. Moins mal en pis par sa structure militarisée, la Gendarmerie Nationale n’est pas non plus épargnée par le taux de suicide ou les agressions enregistrées envers ses éléments.

. Par exemple, certains automobilistes énervés d’avoir pu faire l’objet d’une contravention- ou d’un retrait de permis- pour excès de vitesse peuvent tout à leur loisir décharger leur haine sur les réseaux sociaux, ou dans la vie courante, et établir une corrélation avec le laxisme qui concernerait des couches de population étiquetées criminogènes. Nous avons vu des comptes de Marcheurs se réjouir ou ricaner à propos des dégâts du LBD lors de la crise des Gilets Jaunes, ou lorsqu’un journaliste orienté- Gaspard Glanz par exemple- se faisait embarquer pour on ne sait pas trop pourquoi. On avait eu la même chose en 2013 pour le Mariage Gay, où, grosso modo, les militants des deux camps- Mariage Pour Tous et Manif Pour Tous- jubilaient lorsque une manifestation du camp d’en face était réprimée à coup de matraques et de gaz lacrymogène.

En fait, ces violences policières sont admises par une partie de la population. Et c’est bien là le problème. Certains les admettent par soutien indéfectible envers les forces de l’ordre, quant d’autres les admettent en fonction de leurs biais politiques ou de leurs ressentis. Comme si la justice, en fin de compte, ne pouvait s’appliquer qu’aux autres. Comme si les autres étaient forcément coupables.

L’historien- et ancien président de Ras l’Front- Maurice Rajsfus a fait l’objet d’un article assez intéressant de Libération. Il n’a pas oublié que la déportation de ses parents lors de la Rafle du Vel’d’Hiv n’a pu être possible que par deux policiers. Depuis tout ce temps, il a compilé toutes les violences policières. «  Ils peuvent récuser tout ce qu’ils veulent. La violence policière, elle est dans l’ADN du policier. Quand il y a des brutalités sans nom, on nous dit simplement qu’ils ont effectué des gestes enseignés en école de police. », dit-il avant qu’on puisse lire plus bas « Il en parle avec un certain détachement, comme si ces faits n’avaient rien de remarquable au regard de ce qui les a précédés et de ce qui les suivra forcément. Pour lui, il ne s’agit pas de «dérapages», de «bavures», mais de méthodes. Une question se pose alors : de ce point de vue, la police peut-elle être utile ? A défaut d’atteindre l’«utopie géniale» d’une société qui s’en passerait, Maurice Rajsfus théorise une «utopie moyenne» dans laquelle la police ne serait pas une carrière : «On pourrait y entrer pour cinq ans. On n’aurait pas le temps de prendre de mauvaises habitudes, puis on retournerait à d’autres corps de la fonction publique.».

De là à penser que la police n’ait jamais pu faire l’objet d’une remise en cause interne depuis cette époque, ou depuis le Massacre du 17 Octobre 1961, il n’y a qu’un pas…

C’est vertigineux !

Au cours d’une émission d’Arrêt sur Images, le chercheur Mathieu Zagrodzki posait la question à voix haute de savoir ce qui définirait finalement une violence policière. Effectivement, lorsque des fonctionnaires de police interpellent un individu en le plaquant au sol, sans coups ni blessures, c’est une violence policière. Idem, quant un CRS sort sa matraque pour se défendre face à un manifestant ou qu’un policier fait usage de son arme pour neutraliser un assaillant armé d’un couteau. À titre utile, rappelons que l’état est détenteur du monopole de la violence et que les forces de l’ordre sont garantes de la Loi.

« Il n’y a pas véritablement de culture professionnelle en France axée sur la gestion des conflits et le désamorçage de conflits. On est plutôt dans une culture très verticale où la personne qui résiste [est vue comme quelqu’un qui] résiste à la République et à l’Etat« , Mathieu Zagrodzki.

On serait naïf, bien entendu, de ne pas admettre que parmi les manifs il n’y ait point de casseurs ou d’extrémistes qui viennent semer le grabuge. Certains n’appliquent ni plus ni moins les stratégies élaborées par des textes insurrectionnels auxquels ils se référent, et qui apportent leurs contributions à l’épuisement des FDO. Entre parenthèse, avouons franchement que certains mouvements d’extrême-gauche et d’extrême-droite sont composés de têtes-à-claques- qui se croient plus intelligentes que le commun des mortels.

Seulement, nous sommes dans un état de Droit.

Demandons-nous aussi pourquoi, en amont même de la Crise des Gilets Jaunes, on ait pu avoir un tel foisonnement d’extrémistes qui n’ont été que très peu inquiétés par la justice, alors que ça fait depuis des années qu’ils versent des tombereaux d’insanités excrémentielles dans la vie courante et sur Internet, et ceci parfois pour provoquer des tensions dans la société même entre catégorie de gens…

Par-là ou par là-bas, on a souvent accusé la police d’avoir eu recours à des infiltrations pour semer le grabuge parmi des manifestations.

Les responsables politiques à la tête de l’état n’auraient rien à perdre en ce qui s’agit d’écouter des contestataires, au lieu d’être réfugiés dans leur tour d’ivoire et ne s’en tenir qu’à des postures communicationnelles.

Au lieu de ça, les Castaneries s’enchaînent. L’an dernier on démissionne un préfet suite aux dégradations des Champs-Élysées par des Gilets Jaunes, probablement celle de trop faisant que des têtes doivent tomber, alors qu’en théorie si il y en a un qui devait péter c’était bel et bien ce Ministre de L’Intérieur au bilan calamiteux ayant défendu l’usage du LBD. Suite à des diffusions de vidéos montrant des scènes de violences hallucinatoires, qui incriminent des policiers, la crédibilité de l’Inspection Générale de la Police Nationale fait maintenant l’effet d’une blague : tant, qu’on devrait écrire une série originale racontant le quotidien d’un service qui ne résout aucune enquête.

Pour ne rien arranger nous sommes dans l’ère du clash, américanisation des mœurs oblige, et non de celle de la réflexion. Autres grands fautifs dans cette histoire sont ces éditorialistes, ces politiques, ces débatteurs, et ces militants, qui squattent les plateaux d’émission pour dire n’importe quoi.

La passionaria des néolaïcs- prénommée Zineb- gueule pour que les forces de l’ordre tirent à balles réelles face à des émeutiers. Si le but était de faire que les banlieues s’embrasent, on s’y prendrait pas mieux. Pour rappel, cette dame a le même éditeur qu’un Youtubeur royaliste qui fait des fixettes sur les maghrébins et qui traite la République de pute*, ainsi que d’un auteur sulfureux obsédé si obsédé par le multiculturalisme qu’il nous pond des romans sur la guerre raciale.

Représentative du climat hystérique digne d’une émission de Télé-Réalité, où les chroniqueurs s’épanchent comme les pochtrons des bars PMU, les Grandes Gueules aiment notamment donner la parole au droitier Gilles-William, qui fait son numéro habituel afin de minimiser la portée d’un incident filmé en direct : une grenade lacrymogène par un CRS, lors d’une manif contre la réforme des retraites, qui s’en va finir sa trajectoire…au quatrième étage d’un immeuble où habite des étudiants. Le projectile a explosé. C’est sûr que l’étudiante- sous le choc- qui a tout filmé doit apprécier le genre d’analyse où le sourire suffisant d’un bonhomme vous explique que des incidents «  Il peut y en avoir » et qu’il ne faut pas «  dramatiser ». C’est tellement commun d’avoir des projectiles qui viennent exploser dans votre salon. Vous ouvrez une fenêtre, et boum ça explose.

Qui va payer les dégâts, andouille ?!

Ne parlons pas des éditorialistes qui disent n’importe quoi sur les plateaux des chaînes d’information continue. Et le pire dans ceci est que des reporters de terrain finissent par être assimilés à tous ces glandeurs surpayés.

Tout va bien dans le meilleur des mondes. Dans un contexte houleux où l’Organisation État islamique appelle à s’en prendre à des policiers, un militant gauchiste qui n’a rien dans la tête-caution utile de tous les islamophobes et anti-bougnoules de France et de Navarre- a diffusé l’identité d’un fonctionnaire de la BAC suite à son interpellation controversée. On continue avec une militante d’extrême-gauche interpellée pour avoir espionnée des policiers, c’est-à-dire en collectant un maximum de renseignement sur les fonctionnaires- plaques d’immatriculation, trajets domicile-travail, identités civiles, la routine quoi- et informer ses petits camarades de combat.

Jamais nous n’avons enregistré une telle défiance envers les Forces de l’Ordre que maintenant !! Avons-nous besoin d’un autre Magnanville? D’une autre attaque de magistrate au LBD?

Contrairement aux sornettes des tenants du tout-sécuritaire, il est prouvé que plus des policiers vont s’armer et faire usage de la force face à des contestataires, plus ceux-ci- les manifestants seront déterminés à passer à des actions violentes. Il n’y a qu’à voir ce qu’il s’est passé à Hong-Kong. On appelle ça la logique d’escalade. Le journaliste David Dufresne explique bien que d’autres polices européennes cherchent l’effet de désescalade. La France ne souscrit ni au KFCD** ni au GODIAC***. Avec l’Espagne, l’Italie, et la Grèce elle utilise le LBD 40. On hallucine devant le nombre de morts dus aux décubitus ventraux. On hallucine lorsque le secrétaire général d’un syndicat policier, pour minimiser les coups de poings d’un CRS sur un manifestant maintenu au sol, invoque les propos même du manifestant qui aurait eu pour intention de transmettre le SIDA par le crachat et que les coups de poings auraient servi finalement pour « qu’il arrête de cracher du sang » !!!

Le ministre de l’intérieur qui annonce le retrait officiel des Grenades GLI-F4, alors qu’elles sont remplacées depuis par les GM2L ainsi que c’est précisé sur une circulaire depuis belle lurette!!!

On hallucine tant qu’on croirait être pris pour des cons.

* Que n’aurait-elle pas dit si un de ces idiots d’indigénistes/décoloniaux avait dit ça. On appelle ça l’indignation à géométrie variable.

** Knowledge : Connaissance  des groupes de protestataires, de leurs buts, de leurs stratégies, et de leurs dynamiques de contestation; Facilitation : facilitation et accompagnement des manifestants ; Communication : avant, pendant, et après l’événement, puis expliquer les stratégies et les interventions policières ; Différenciation : Différenciation : prise de conscience de la variété d’individus dans une foule et traiter individuellement les personnes ; le modèle vise à limiter la casse et exposer le moins possible les forces de l’ordre.

*** GODIAC : Good practice for dialogue and communication as strategic principles for policing political manifestations in Europe, traduisible par « Bonnes pratiques de dialogue et de communication en tant que principes stratégiques pour contrôler les manifestations politiques en Europe ».

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