Joker

Why so serious?

Est-ce que Joaquin Phoenix mérite d’être encensé pour sa performance dans la peau du plus dangereux ennemi de Batman ? Assurément. Dans le cheminement d’un Daniel Day-Lewis, d’un Viggo Mortensen, ou- ironie du sort- d’un Christian Bale, l’acteur est transformé. Transformé ici en un être décharné, d’apparence frêle, et que pourtant des « signaux faibles »- son rire particulier mâtiné de souffrance et de démence- constituent les prémices d’une violence sans limite.

Toutefois, il s’agit d’une violence non pas pétomane comme Hollywood a coutume de nous délivrer, mais avant tout d’une violence psycho-sociologique puisque basée sur la démence du protagoniste ainsi que sur l’envers du décor de l’American Way of Life des années 80 où on encensait le libéralisme. Où les laissés pour compte doivent se démerder pour subvenir à leurs besoins. Les quelques séquences gore ne sont que l’aboutissement logique. Passons les Juan Branquignol qui y voient une allusion aux Gilets Jaunes, ou bien les plumes antiracistes qui établissent une corrélation avec le terrorisme des néo-suprémacistes blancs aux profils proches des mass shooters de Columbine- ces derniers, également, cherchant à récupérer le personnage complexe du Joker qui initialement sort de nulle part, puisque DC Comics n’a jamais donné son état civil exact, et qu’il est la Nemesis de Batman en plus d’être son opposé en tout plan : l’un représente l’ordre, l’autre est une figure du Chaos.

Le Joker est inspiré de Gwynplaine, personnage de L’Homme qui rit de Victor Hugo. Il s’agit de la première adaptation cinématographique l’illustrant comme personnage principal.

L’interprétation hallucinée du regretté Heath Ledger rythmait un blockbuster au rythme effréné qui reste encore le meilleur film de super-héro jamais réalisé. Le temps a jugé léger la créativité de Jack Nicholson. Esthétisée par la caméra de Todd Phillips, celle de Joaquin Phoenix insiste sur la nature pathétique et esseulée d’Arthur Fleck, ce personnage d’artiste raté méprisé par ses pair, et vis-à-vis duquel- faut dire- personne n’a vraiment envie de nouer des liens amicaux.

La particularité d’Arthur Fleck est de vivre la moitié de son temps dans l’hallucination, d’exécuter des chorégraphies, de s’imaginer des choses avant de prendre des murs et des mures en guise de rappel à la réalité. Puis viendra le point de non-retour lors d’un soir où il prendra le métro. À mesure qu’il en apprendra sur lui-même, Fleck en viendra à penser que sa vie de merde est une farce macabre et qu’il est temps d’en faire profiter les autres à sa façon.

C’est donc une violence nihiliste car Fleck finira par ne plus croire en rien. Il ne reste plus qu’à l’illustrer par les mimes d’un clown pas drôle.

Requiem for a dream montrait déjà le côté nocif- addictif- des talk-shows via un personnage rêvant de passer à la télévision. Le propre d’une société de consommation est de vendre du rêve. Joker va plus loin en montrant leurs effets pervers sur une société qui finit par soi s’intoxiquer jusqu’à en devenir hystérique. Talk-shows qui manipulent plus que souvent des êtres surestimant leurs talents et qui finissent jetés comme des mouchoirs lorsqu’ils sont passés de modes. Et le Joker est le produit d’un peu tout ça, plus des ratés de prises en charge de personne souffrant de maladies mentales : un rêve qui tourne en cauchemar !

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