La révolte d’Atlas

Livre difficile à se procurer en France ( il faut le commander) La Révolte d’Atlas est considéré, outre-Atlantique, comme une des oeuvres phare du siècle dernier. Son auteure, Ayn Rand, de son état civil Alisson Zinovievna Rosenbaum, est toutefois là-bas très controversée en raison de son libertarianisme poussé à l’extrême. Voire pour son athéisme radical qui, évidemment, dans une « nation » bâtie sur du sang amérindien par des Quakers, des Puritains, ou des Mormons, ne pouvait pas passer inaperçu. Un autre facteur est aussi à prendre en compte: celle de la méconnaissance totale du public Français des théories libertariennes, celui-ci étant encore au jour d’aujourd’hui confronté aux combats poussiéreux que se livrent marxistes et libéraux-conservateurs via des polémiques politco-politiciennes où les partis n’ont même plus d’âme ( si tant est qu’on peut appeler ça des partis…).

– Qui est John Galt ?

La lumière déclinait, et Eddie Willers ne pouvait distinguer le visage du pique-assiette. Le pique-assiette avait posé la question le plus simplement du monde, sans aucune expression dans la voix. Mais le soleil qui se couchait au loin, au bout de la rue, envoyait des éclats de lumière jaune qui faisaient ressortir ses yeux qui fixait Eddie Willers ; des yeux fixes et moqueurs, comme si la question avait été adressée pour piquer cette gène irraisonnée qui était en lui.

– Pourquoi dites-vous cela ? demanda t-il.

Le pique-assiette s’appuyait contre le chambranle de la porte ; l’arête d’un morceau de verre brisé derrière lui reflétait le jaune métallique du ciel.

Ça vous ennuie ?

Pas du tout, répliqua sèchement Eddie Willers.

Il plongea prestement sa main dans sa poche. Le pique-assiette l’avait apostrophé pour lui demander une pièce de 10 cents, puis avait enchaîné sur autre chose, comme pour faire diversion et remettre la demande purement matérielle à plus tard. Faire la manche pour des petites pièces était devenu une chose si fréquente, dans la rue, qu’il était inutile de prêter attention aux justifications, et il n’avait d’ailleurs nul désir d’en savoir plus sur les raisons du désespoir de cet homme.

Tiens, vas te chercher ta tasse de café, dit-il, tendant la pièce à cette ombre qui n’avait pas de visage.

Merci Monsieur, dit la voix d’un ton détaché ; et la tête de l’homme resta inclinée en avant pendant un instant. La face hâlée semblait avoir été érodée par les vents, coupée de lignes exprimant de la lassitude et une résignation cynique ; les yeux étaient intelligents. Eddie Willers poursuivit son chemin, se demandant pourquoi il le ressentait toujours à ce moment de la journée ; ce sentiment d’effroi irraisonné. « Non », se dit-il, « pas d’effroi, il n’y a pas à avoir peur de quoi que ce soit : juste une immense appréhension confuse, sans origine ou objet. » Il s’était fait à ce sentiment, mais il ne pouvait se l’expliquer ; pourtant le pique-assiette avait parlé comme s’il savait qu’Eddie le ressentait, comme s’il pensait qu’on devait le ressentir ; et en plus, comme si lui, il en connaissait la raison.

Eddie Willers remonta ses épaules droites en un acte conscient d’autodiscipline. Il devait mettre un terme à ce problème, se dit-il ; il était en train de commencer à s’imaginer des choses. L’avait-il toujours ressenti ? Il avait trente-deux ans. Il essayait de se souvenir. Non. Mais il était incapable de se souvenir quand cela avait commencé. Ce sentiment le saisissait soudainement, de temps à autres, mais maintenant cela arrivait plus souvent que jamais. « C’est le crépuscule, » se dit-il ; « j’ai horreur du crépuscule. »

Les nuages et les lignes des gratte-ciels qui s’opposaient à eux étaient en train de devenir brun, comme sur une vieille peinture à l’huile ; la couleur d’une belle toile ternie par les âges.

De longues traînées de poussière de charbon couraient depuis sous leurs faîtes le long des étroits murs avalés par la suie. Sur le côté d’une tour, une crevasse longue de dix étages perçait la forme figée d’un éclair lumineux. Les contours irréguliers d’une forme coupaient le ciel au-dessus des toits ; c’était une demi-spirale qui retenait encore la lueur du soleil couchant ; la dorure à la feuille avait disparue de l’autre moitié depuis longtemps déjà. La lueur était rouge et figée, comme le reflet d’un feu ; pas un feu rageur, mais plutôt un feu mourant qu’il n’était plus nécessaire d’éteindre.

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