LE SEXISME DANS LES MILIEUX MILITANTS LIBERTAIRES

Un texte d’argument et de réflexion sur le sexisme en milieu militant par une camarade de la Fédération anarchiste:

LE SEXISME DANS LES MILIEUX MILITANTS LIBERTAIRES

Marie Joffrin
Groupe Louise-Michel de la Fédération anarchiste

LES ORGANISATIONS ANARCHISTES se caractérisent par une faible présence numérique de militantes. Ceci n’a rien de particulièrement surprenant : les femmes sont structurellement sous-représentées dans les organisations politiques. On peut néanmoins se demander s’il n’existe pas des causes propres au mouvement anarchiste qui pourraient expliquer pourquoi des organisations qui prônent l’égalité et le refus des dominations attirent (ou retiennent) si peu de femmes. Les organisations anarchistes semblent être victimes de leur image de violence et de virilité qui pourrait renvoyer à certains éléments de la culture anarchiste tel que l’ouvriérisme et l’antifascisme radical. Un côté un peu «homme des cavernes» qu’on attribue aux anarchistes, joue souvent un rôle de repoussoir freinant le recrutement de militantes qui craignent de ne pas trouver leur place et d’y subir des discriminations. Ces craintes reposent sur une ignorance de la diversité des styles militants dans les organisations et les collectifs. Mais force nous est d’admettre que, bien qu’abusives, les généralisations et approximations à propos des libertaires ont des effets concrets. Et les craintes de ces militantes potentielles ne sont pas sans fondement. Chez les groupes anarchistes, surtout depuis les années 2000, les dénonciations du patriarcat et du sexisme, de l’hétérosexualité et de l’homophobie font maintenant souvent partie des déclarations de principes. Cela constitue une nouveauté, conséquence des mobilisations féministes et homosexuelles passées et présentes. Néanmoins, au-delà de ces intentions de principe, le sexisme est bel et bien présent dans les milieux libertaires.

Les hommes anarchistes ne sont pas toujours aussi empressés de se mobiliser contre le patriarcat, préférant le plus souvent lutter contre l’État, le capitalisme, la religion… Plusieurs sont même explicitement ou implicitement misogynes voire antiféministes. Dans le milieu militant, comportements misogynes et antiféministes, voire agressions verbales et physiques, sont des phénomènes récurrents, comme l’indiquent les textes et les paroles de militantes. Celles-ci dénoncent – génération après génération – les abus de leurs camarades. Ces questions de sexisme ne peuvent pas être évacuées en blâmant «la société» ou le «système patriarcal », ni en rappelant que «c’était pareil dans les années 1950», que «c’est la même chose chez les trotskistes» ou que «c’est pire dans tel ou tel parti traditionnel». Toutes ces phrases de justification, en plus d’excuser les actes de sexisme, sont aussi méprisantes vis-à-vis des camarades qu’improductives. On ne peut non plus refuser d’y réfléchir en laissant entendre qu’il ne faut pas critiquer notre mouvement, qui a déjà tant d’ennemis, de peur de l’affaiblir. Proudhon, grand misogyne s’il en est (mais les auteurs anarchistes n’ont-ils pas cela de formidable qu’il est possible de prendre chez eux ce qui nous intéresse et d’ignorer ou rejeter le reste ?), nous offre pourtant une piste de résolution : «Agir, c’est combattre. »

D’OU VIENT L’ANARCHOSEXIMSE ?

Comment expliquer les contradictions entre les principes anarchistes et certaines pratiques de camarades? L’anarchisme peut être porteur de misogynie plus ou moins brutale parce qu’il est traversé par les forces qui constituent la société. Il lutte contre ces forces mais ne sait pas toujours s’en protéger. Francis Dupuis- Déri, dans son article «Hommes anarchistes face au féminisme: pistes de réflexions au sujet de la politique, de l’amour et de la sexualité », envisage 5 pistes : le poids de la socialisation patriarcale (non anarchiste) ; le poids de la tradition sexiste anarchiste ; le machisme et l’antiféminisme anarchistes ; la priorité stratégique (l’anticapitalisme, par exemple); l’intérêt de classe masculin.

LE POID DE LA SOCIÉTÉ PATRIARCALE

Les textes anarchistes expriment souvent la difficulté de vivre en accord avec des principes égalitaires et libertaires lorsqu’on a été socialisés dans une société inégalitaire. Quand elle essaie d’être anarchiste, une personne doit lutter contre des acquis sociaux incompatibles avec les principes libertaires. Ce qui est vrai des normes et attitudes en général est valable pour les normes et attitudes dans les rapports entre les sexes. Nos choix et nos désirs ne sont pas si émancipés que nous l’espérons : ils sont soumis à nos tyrans intérieurs (pour reprendre l’expression d’Emma Goldman). Cela est vrai pour les anarchistes des deux sexes. Des féministes ont bien démontré comment certaines femmes ont intériorisé les normes de la société, ce qui les amène à croire qu’elles seront valorisées par les hommes si elles sont sexuellement attirantes, discrètes, serviables, souriantes… Pour leur part, les hommes, anarchistes ou non, sont socialisés en tant qu’homme à considérer les femmes comme des objets sexuels, et à user et tirer profit de la violence et la domination. Les anarchistes ne sauraient toutefois se dédouaner en attribuant leur propre misogynie à la société
patriarcale.

QU’EST-CE QUE LA MISOGYNIE ?

La violence à l’encontre des femmes n’est pas la misogynie même si elle a quelque chose à voir avec cette notion. La violence a sa place dans la spirale qu’est la misogynie.

La misogynie est parfois un premier pas vers la violence. Parfois, elle ne débouche sur rien d’autre qu’elle-même. Des propos, des plaisanteries, des écrits misogynes peuvent ne pas conduire à des violences directes (ce qui ne veut pas dire qu’ils sont sans conséquences). À l’inverse, une explosion de violence (une agression, un viol, un meurtre) dont une femme est la victime peut éclater sans que les prémices aient été perçues.

Il y a un continuum à repérer dans la notion de misogynie. C’est d’abord le mépris de la femme. Mépris, c’est-à-dire dépréciation, déconsidération C’est, tout en feignant de n’en faire aucun cas, prendre soin de dévaloriser l’objet de son mépris. Le mépris comporte une contradiction car mépriser c’est ignorer quelqu’un en le faisant sciemment, volontairement. C’est une mise en scène, une affectation : « J’ignore votre existence » signifie : « Je vous place dans une zone de non-existence que je crée tout spécialement pour vous. » Il en est ainsi de certains problèmes soulevés par des femmes en milieu militant. On prétend que ces problèmes n’existent tout simplement pas au lieu de s’interroger sur ce qui a poussé ces femmes à alerter sur ces problèmes.

Le mépris de la femme, première étape de la misogynie, conduit vers un sentiment plus violent : la haine. Non pas de telle femme mais de la femme en tant que femme, du genre féminin. La haine est un sentiment qui comporte d’emblée une notion de violence. Après avoir placé la femme en situation de non-valeur, la haine la reconstruit en objet cible. Voici le terme du continuum de la misogynie : mépris –> haine — > violence.

Prenons l’exemple de Léo Ferré, qui a su exprimer tout au long de sa carrière les plus nobles sentiments comme les propos misogynes les plus atterrants. Dans une interview, Il commence par une plaisanterie méprisante : « L’intelligence des femmes, c’est dans les ovaires…» Puis il définit sa cible : « Les pires femmes de toutes, les plus grandes salopes, sont les femmes cultivées. » Il achève : « Celles-là, je ne les laisse plus entrer chez moi. » Le mépris engendre la haine qui elle-même trouve son aboutissement dans un acte de violence (le fait de claquer sa porte au nez des femmes cultivées).

La violence s’entend comme le passage à l’acte, gouverné par les sentiments de mépris et de haine. Ferré heureusement ne tue pas les femmes cultivées. Il ne passe pas à l’acte. En revanche, d’autres hommes, animés par les mêmes émotions, le font. Les exemples sont légion. Pensons à la tuerie de l’École polytechnique par Marc Lépine le 6 décembre 1989. Dans les lettres qu’il a laissées, le tueur identifiait les féministes comme des ennemis à détruire et il a généralisé à toutes les femmes.

VALEURS VIRILISTES

L’anarchisme traditionnel valorise la virilité la plus conventionnelle : l’homme-combattant- rebelle-et courageux : milicien de la guerre d’Espagne, manifestant sur une barricade maniant un cocktail Molotov, redskin qui engage des combats de rue, vedette punk… Sans oublier tous les ancêtres barbus comme Bakounine et Kropotkine. Les anarchistes ont souvent des attitudes viriles lorsqu’il y a discussion au sujet de pratiques militantes avec lesquelles des femmes – mais pas seulement – peuvent ne pas être à l’aise. C’est dans ces situations que s’exprime la manarchy (expression anglaise composée du mot «homme» – man – et « anarchie » – anarchy). La manarchy désigne « un comportement agressif et compétitif au sein du mouvement anarchiste, qui rappelle de manière inquiétante […] les rôles genrés masculins traditionnels. Ce comportement inclut agir de façon virile et élitiste, de façon à se prétendre plus vertueux que les autres ». À ce problème s’ajoute le fait que les hommes sont majoritaires dans les milieux anarchistes. Ils peuvent s’encouragent dans ce type d’attitude viriliste.

PRIORITÉ STRATÉGIQUE

Plusieurs hommes anarchistes, sans être ouvertement antiféministes ou misogynes, considèrent que la lutte contre l’État et le capitalisme doit être prioritaire et que l’émancipation des femmes viendra après. Une variation sur le thème de la priorité stratégique peut consister à laisser entendre que la mobilisation féministe, surtout en nonmixité, représente non seulement une dissolution des forces anarchistes mais une véritable exclusion. Les hommes anarchistes qui se trouveraient donc discriminés par ces Femmes qui ne respectent plus les principes anarchistes universalistes d’égalité.

Des hommes anarchistes prétendent être «victimes » du système patriarcal (ce qui est vrai par ailleurs mais pas dans la même mesure et selon les mêmes modalités que les femmes). En conséquence, à leurs yeux, les féministes ne devraient pas cibler les hommes, mais lutter à leur côté. Contre qui ? Voilà qui n’est pas très clair. Cette perspective laisse entendre que le système patriarcal se tiendrait comme un nuage au-dessus des hommes et des femmes. Les anarcha-féministes devraient se porter à l’attaque du patriarcat en tant que système existant à l’extérieur du milieu anarchiste, et non critiquer les camarades anarchistes qui sont leurs alliés et qui ne seraient pas responsables des quelques attitudes et comportements sexistes dont ils ont malheureusement hérité à travers leur socialisation, alors qu’ils essaient « vraiment» de s’améliorer.

PRIVILÈGES D’HOMMES

La théorie anarchiste elle-même permet d’expliquer que des hommes anarchistes adoptent parfois des comportements de domination à l’endroit des femmes dans leurs organisations politiques. Selon Kropotkine, l’être humain n’est ni bon ni mauvais, mais les deux à la fois. Il explique que « loin de vivre dans un monde de visions et d’imaginer les hommes meilleurs qu’ils ne sont, nous [les anarchistes] les voyons tels qu’ils sont, et c’est pourquoi nous affirmons que le meilleur des hommes est rendu essentiellement mauvais par l’exercice de l’autorité ». Une conception structuraliste des rapports sociaux considère donc que c’est la structure dans laquelle l’individu se trouve et la position qu’il y occupe qui son comportement. Placé en position de domination face aux femmes de par son appartenance à la classe des hommes, l’homme anarchiste même bien intentionné aura tendance à dominer les femmes, car la structure inégalitaire entre les hommes et les femmes favorise chez lui instinct autoritaire et volonté de domination. Cela est vrai pour les hommes en général, qu’ils se disent proféministes ou non, qu’ils soient anarchistes ou non. Christine Delphy explique, au sujet d’un homme hypothétique – il pourrait être anarchiste – qui voudrait entretenir une relation égalitaire avec une femme: « Il ne peut pas plus supprimer les désavantages institutionnels de la femme. » Ainsi, on retrouve parfois une division sexuelle des tâches dans les groupes anarchistes, les hommes aimant se réserver les rôles qu’ils jugent plus prestigieux, les femmes se retrouvant dans des rôles d’auxiliaire. Par exemple les camarades femmes peuvent être moins mises en avant lorsqu’il s’agit pour un groupe d’entrer en contact avec d’autres collectifs ou organisations. Dans notre société, les hommes jouissent en général de nombreux avantages face aux femmes, même si ces hommes sont critiques de leurs privilèges et s’affichent proféministes et anarchistes. Même les hommes homosexuels bénéficient de plusieurs des avantages masculins face aux Femmes. L’homme disposera en général de plus d’argent que les femmes, sa parole sera en général perçue comme plus crédible, il saura profiter du travail accompli pour lui et sans salaire par des femmes, aura moins de risque d’avoir été harcelé ou abusé sexuellement (et donc moins de probabilité d’avoir des séquelles psychologiques)…

Les anarchistes admettent qu’il y a un patriarcat et donc un rapport de sexe inégalitaire entre les hommes et les femmes. Ils devraient tous admettre que les hommes, même anarchistes, sont en position privilégiée face aux femmes.

Si les anarchistes savent bien que les politiciens et les patrons n’abandonneront leurs privilèges et leur position de domination que s’ils sont contestés et combattus, ces mêmes anarchistes n’acceptent pas facilement que les femmes les contestent et les combattent, trouvant toutes sortes de stratégies pour esquiver les critiques, se trouver des alliés chez les autres hommes ou chez des femmes. La contre-attaque est souvent la meilleure forme de défense. Les hommes anarchistes doivent donc admettre, s’ils veulent être réellement cohérents avec leurs beaux principes, d’être pris pour cibles par les féministes.

Les anarchistes sont d’autant moins enclins à s’ouvrir aux critiques féministes à leur endroit qu’ils tirent en général un sens de supériorité morale à s’identifier comme des opprimés ou des alliés des opprimés ; les anarchistes sont donc particulièrement réfractaires à l’idée qu’ils seraient eux mêmes des privilégiés et des dominants.

QUE FAIRE ? PISTE DE RÉFLEXIONS

Les structures des collectifs et organisations libertaires sont peu adaptées et ne remettent pas fondamentalement en cause les phénomènes d’auto-exclusion des femmes. Ainsi, sans tours de parole systématiques, et encore moins de modération des échanges visant à favoriser la prise de parole des militantes, il est malaisé pour les femmes d’oser intervenir dans les débats dominés par les hommes. Les réunions non mixtes qui visent précisément à l’apprentissage de la parole sont systématiquement objets de critiques.

Les féministes doivent continuer à produire textes et analyses qui favorisent la prise de conscience des hommes et des femmes. Les hommes anarchistes devraient prendre une part de la responsabilité pour changer leurs comportements et se pencher sur cette littérature féministe.

D’autre part, les théories anarchistes comptent des outils conceptuels qui devraient permettre d’identifier des solutions. Certes, les hommes anarchistes sont le produit d’une société patriarcale et les héritiers des traditions misogynes, en plus d’être souvent détournés du féminisme par une obsession pour la lutte contre l’État, ou le capitalisme, ou le racisme, ou la guerre, etc..

Mais la grille d’analyse structuraliste proposée par des anarchistes comme Charlotte Wilson et Pierre Kropotkine devrait leur permettre de comprendre qu’ils se comportent comme des hommes ordinaires parce qu’ils évoluent dans la société et au sein du mouvement militant dans des structures inégalitaires qui avantagent les hommes aux dépens des femmes. Cela encourage chez eux l’instinct de domination face aux femmes. En conclusion, les hommes anarchistes respecteront les femmes quand elles auront établi un rapport de force qui modifiera les structures inégalitaires.

Il est conséquent d’avancer que l’anarchisme ne fonctionnera pas si les hommes continuent à désirer exercer leur domination masculine. Il serait donc logique que les hommes anarchistes admettent qu’il est important qu’il y ait un mouvement et un activisme féministe forts, à la fois dans la société en général et dans leur milieu en particulier, pour que les structures de rapports de domination soient contestées et possiblement renversés ; ce qui implique, évidemment, que les hommes qui occupent dans ces structures des positions privilégiées et dominantes soient contestés et confrontés.

M. J.

1. Francis Dupuis-Déri, « Hommes anarchistes face au féminisme : pistes de réflexions au sujet de la politique, de l’amour et de la sexualité », Réfractions n° 24 «Des féminismes, en veux-tu, en voilà», mai 2010, p. 107-121.
2. Maggie, Rayna, Michael, Matt, Stick It To the Manarchy [http://www.infoshop.org/rants/manarchy.html] produit par des anarchistes féministes et proféministes après les actions de contestation de la convention démocrate à Boston, à l’été 2004.
3. Pierre Kropotkine, L’Anarchie, Paris, 2006 [1896], p. 39.
4. Christine Delphy, «Nos amis et nous : Fondements cachés de quelques discours pseudo-féministes », L’Ennemi principal I : Économie politique du patriarcat, Paris, 1998, p. 186 et p. 188.

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3 réflexions sur “LE SEXISME DANS LES MILIEUX MILITANTS LIBERTAIRES

  1. C’est une chose, que de dénoncer la misogynie (qui est toujours encore un peu plus insupportable quand elle est le fait de gens qui disent lutter contre l’oppression) et de la combattre sans relâche, partout où elle se manifeste, dans la vie courante comme dans le cadre de l’activité militante : c’en est une autre, que de raconter n’importe quoi.
    On peine à garder son sérieux devant des propos, tels que :

    « Des hommes anarchistes prétendent être «victimes » du système patriarcal (ce qui est vrai par ailleurs mais pas dans la même mesure et selon les mêmes modalités que les femmes). En conséquence, à leurs yeux, les féministes ne devraient pas cibler les hommes, mais lutter à leur côté. Contre qui ? Voilà qui n’est pas très clair. »

    Faut-il VRAIMENT dire à Marie contre QUOI les hommes, les femmes et les trans- se doivent de lutter ?
    Est-ce à dire, à travers ce « pas très clair » : que la seule chose qui pour elle, est claire, c’est la lutte contre la misogynie, et que pour le reste, c’est selon ? C’est son droit. Mais en ce cas : pas la peine de se dire anarchiste.

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