Paul-Napoléon Pierre Calland:  » Notre système éducatif est d’essence bonapartiste! »

Paul Napoléon Pierre Galland

Spirale Zone: Pouvez-vous nous présenter votre parcours?

Doctorant en Histoire pour les études, mon sujet de thèse étant la politique sociale de Napoléon le Grand. Mon parcours professionnel a privilégié l’enseignement. Quant à mon parcours politique, j’ai toujours été Bonapartiste par éducation, mais surtout par conviction. D’où le sens de mon engagement.

SZ: Quel est l’objectif du Mouvement Bonapartiste?

L’objectif du Mouvement Bonapartiste se trouve dans sa profession de foi : « défendre, faire connaître et étendre les principes et valeurs du Bonapartisme. Le Mouvement Bonapartiste s’appuie sur l’adhésion populaire à une politique de redressement conjuguant les efforts des particuliers, associations et services de l’État. Il défend les principes bonapartistes sur lesquels il est fondé, et qui régissent son fonctionnement intérieur. Il défend également la mémoire de Napoléon le Grand, ainsi que celle de Napoléon III et de leurs fils, Napoléon II et Napoléon IV. Il reconnait Napoléon IV comme ayant régné sans avoir gouverné, en vertu du plébiscite de mai 1870. Le mouvement ne reconnait pas d’empereur après 1879, en vertu de l’absence de plébiscite. Républicain, il privilégie le bonheur, les intérêts et la gloire des peuples, et n’envisage de rétablissement de l’Empire que si les fondements en sont républicains et le régime approuvé par voie référendaire. »

Comme vous avez pu remarquer, notre action est directement inspirée par notre devise « Tout pour et par le Peuple ». Pour ceux qui connaissent la devise du Bleuet de France – pour lequel nous avons lancé une campagne en janvier 2011 – « La MÉMOIRE se transmet, l’ESPOIR se donne », vous aurez compris le principe « Hier! Aujourd’hui! Demain! » (que l’on voyait déjà sur des affiches bonapartistes de l’époque 1879 – 1940), ou « Mémoire, Solidarité, Espoir » qui sert à nous garder sur la voie des références qui nous ont été léguées par nos quatre empereurs, au service de nos contemporains, et porteurs d’un programme pour l’avenir.

http://mouvementbonapartiste.wordpress.com/2011/07/ 

SZ: Pouvez-vous nous faire un résumé de ce que la France doit aux deux Napoléons l’ayant dirigé?

C’est le futur Napoléon III, dans sa proclamation du 14 janvier 1852, qui le dira bien mieux que moi : « notre société actuelle, il est essentiel de le constater, n’est pas autre chose que la France régénérée par la Révolution de 89 et organisée par l’Empereur ».
Il est vrai que la société a changé de composition sous le règne de Napoléon III, mais pour l’essentiel, ce qui était vrai en janvier 1852 l’était aussi en 1870 et ne l’est pas moins en 2014. Malgré l’hostilité affichée par beaucoup de détracteurs virulents qui ont dirigé la France entretemps, et excepté quelques parenthèses comme le régime de Vichy, les réformes qui ont eu lieu depuis 1870 ont construit bien plus souvent sur l’héritage des deux empires qu’en opposition avec lui. Et il est important de rappeler que bien que Napoléon le Grand ait précédé son auguste neveu, celui-ci n’a pas été un simple imitateur, mais le continuateur de l’œuvre du plus grand de nos chefs d’Etat. Dans le domaine des lois, grâce à un coup d’œil rapide sur Légifrance, on peut constater, à titre d’exemple, que le décret du 9 janvier 1852 sur la pêche maritime demeure la référence pour celle de 2010. Tout comme les pensions de retraite, l’eau potable, l’uniformité de poids et mesures, ou encore l’aide juridictionnelle pour les personnes démunies (anniversaire à noter le 22 janvier 1851) et la vaccination, qui sont des éléments incontournables de notre vie quotidienne. Et qui sont autant d’éléments que l’on doit au premier Napoléon, mais aussi au troisième. S’il serait injuste de prétendre que Napoléon n’avait pas les préoccupations sociales de Napoléon III, celui-ci a beaucoup fait pour les ouvriers, la Cité Napoléon étant les prémices de nos logements sociaux, de la même manière que c’est sous le Premier Empire, c’est Napoléon qui ouvre l’école en grand aux filles non-nobles avec la création des Maisons d’Education de la Légion d’Honneur. Institution d’ailleurs destinée à assurer l’avenir des orphelines des membres de celle-ci.

Je pourrais évoquer d’autres exemples que celui de la législation « écolo » de 1810 et 1811, ou encore la création des conseils de prud’hommes (1806) et la législation pour prévenir les accidents dans les mines et secourir les victimes (1813). Tout comme on peut rappeler que c’est Napoléon III qui a multiplié par trois notre réseau ferroviaire, multiplié par deux le budget de l’Etat pour les œuvres de bienfaisance, dépénalisé la grève et permis l’accès des femmes à l’enseignement secondaire. Mais à mon sens, on ne peut, en quelques lignes, faire un résumé de ce qu’on leur doit, puisque dans tous les domaines on leur doit bien plus qu’on ne pourrait imaginer.  Et souvent là où on ne s’y attendrait pas. C’est pourquoi, à mon sens, tout tient dans la phrase de Napoléon III que j’ai cité plus haut.

4) Quel modèle économique proposez-vous? Le Mouvement Bonapartiste est-il pour le laisser-faire, le keynesianisme, ou d’orientation socialiste? Et sinon souhaitez-vous que la France sorte de l’U.E et de la Zone Euro?

Le Bonapartisme étant par nature un juste milieu, nous sommes pour une économie où l’Etat légifère et intervient lorsque cela est nécessaire, et nous préférons, à l’Union Européenne fédérale, une confédération européenne plus respectueuse des nations et soucieuse de leurs préoccupations. Votre question me permet d’ailleurs de signaler à vos lecteurs que si nous sommes ouverts à la discussion concernant la monnaie unique – idée proposée par Napoléon le Grand, et plus tard par Napoléon III – nous sommes avant tout guidés par le souci de l’intérêt général, qui s’oppose, à la fois au faux clivage gauche-droite, et au « débat » bipolarisé entre les « pour » et les « anti » Europe.

5) De même que nous sommes en train d’assister à l’éclosion de mouvements communautaires (voire identitaires au sens pluriel du terme). Que propose le MB pour y remédier?

D’abord une mesure élémentaire : l’instauration d’une réelle instruction civique pour former de futurs citoyens et résidents conscients de leurs droits et de leurs devoirs, et attachés à notre pays dans son ensemble. Nous voulons également la suppression des régions administratives, les départements et les communes étant bien plus adaptés aux besoins des administrés. D’autres mesures sont évidemment nécessaires, dont un programme national de travaux publics pour créer du travail, restaurer, entretenir et construire des logements et encourager le sentiment d’appartenance à la France, mais le repli communautariste, voire identitaire, trahit surtout l’état d’abandon où des gouvernements successifs ont laissé notre pays. Si les gens commencent à chercher une identité ailleurs que dans la communauté nationale, c’est avant tout parce que nos dirigeants habituels ont oublié que le « pacte républicain », c’est l’adhésion du peuple à un projet national qui inspire la confiance dans le présent et assure la sécurité dans l’avenir. Aussi, sans oublier la nécessité d’une vue d’ensemble – résoudre les problèmes du monde agricole, de l’industrie, du commerce et juguler la criminalité sont aussi des priorités criantes – l’essentiel du redressement national en France tient dans la reprise en main de la Nation par l’Etat. L’union de ces deux éléments étant l’essence même de ce qu’on entend par « la République ». Et conformément à l’esprit de nos lois, qui ont pour base les grands principes proclamés en 1789, cela signifie que toute personne habitant le territoire français a son rôle à jouer, que ce soit en sa qualité d’Homme ou celle de Citoyen.

SZ: Jetez-vous un regard sur l’éducation?

Notre système éducatif est d’essence bonapartiste, le cadre national des diplômes, le baccalauréat, la laïcité de l’enseignement étant un héritage voulu par Napoléon le Grand, tout comme nous devons la création des filières à Napoléon III et que nous devons à ses ministres Gustave Rouland, puis (à plus forte raison) Victor Duruy beaucoup d’améliorations qui allaient dans le même sens. L’éducation occupe donc une place primordiale dans notre programme et dans nos préoccupations. Aussi, nous avons déjà évoqué la place de l’instruction civique, mais il faut aussi signaler que nous apportons notre soutien au sauvetage d’écoles techniques depuis 2012, ainsi aux métiers d’apprentissage.

En 2013 nous avons émis un communiqué pour dénoncer les conséquences néfastes de la réforme des rythmes scolaires pour les familles, instituteurs et métiers de l’animation. Et fidèles à notre feuille de route, nous avons publié également des propositions à l’occasion des 207 ans de l’Université impériale, dont :
–          Le rétablissement du cadre national des diplômes.
–          Une harmonisation européenne des diplômes dans le respect du cadre national des diplômes.
–         L’abrogation de « l’autonomie des universités ».
–         La valorisation de l’expérience professionnelle et associative.
–         La valorisation des filières techniques et d’apprentissage.
–         L’instauration d’une véritable instruction civique (écoles primaires, collèges et lycées).
–          La mise en place dès le plus jeune âge de l’apprentissage de l’esprit critique, afin que nos enfants apprennent à réfléchir par eux-mêmes et non à travers les médias au profit des seuls publicitaires.
–         Priorité à l’apprentissage du français (école maternelle, primaire, collège, lycée) qui doit rester la langue dans laquelle toutes les matières doivent être enseignées, excepté les autres langues bien entendu.
–         Revaloriser l’apprentissage de l’Histoire de France, de la Francophonie et de l’Europe.
D’autres mesures sont en cours d’élaboration avec le concours d’enseignants, parents et tuteurs d’élèves, étudiants, chercheurs et membres du personnel administratif, mais il convient d’attendre la mise en forme du prochain volet avant d’en discuter davantage.

SZ: Seriez-vous favorable à des propositions formulées par d’autres mouvements alternatifs? Exemple: le Vote blanc, le tirage au sort, ou le mandat unique.

Le Mouvement Bonapartiste étant attaché au référendum d’initiative citoyenne, ces propositions pourraient faire partie des questions soumises au peuple par cette voie. Mais en ce qui nous concerne, le tirage au sort doit être réservé à des fonctions précises, tout comme le mandat unique, pour ne pas priver la Nation des bienfaits de l’expérience et de la stabilité. Quant au vote blanc, il serait préférable de proposer un bulletin unique avec les noms des candidats ou les propositions clairement affichés sur une grille, et de pouvoir y inclure la possibilité de cocher une case signifiant que l’électeur n’accorde sa confiance à aucun des candidats. Et bien sûr, nous avons formulé plusieurs propositions alternatives nous-mêmes.

SZ: Reconnaissez-vous aux individus le droit d’exercer leur libre-arbitre?

Nos idées étant, comme l’a rappelé feu le prince Louis Napoléon (1914 – 1997) à propos de son engagement dans les Forces Françaises Libres pendant la deuxième guerre mondiale, issues de la Révolution de ’89, et avant tout, des idées de liberté, nous reconnaissons à tous les individus le droit qui leur est garanti par l’article IV de la déclaration du 26 août 1789.

SZ: Le salut passe-t-il par une réconciliation avec l’Histoire?

Le texte qui explique le rapport entre l’œuvre de nos quatre empereurs (Hier), notre action (Aujourd’hui) et notre programme (Demain) illustre assez bien notre réponse. Napoléon le Grand n’a pas manqué de rappeler aux Génois qui venait de renverser la statue d’André Doria qu’il ne faut pas juger les hommes avec les critères d’une époque qui leur est postérieure, tout comme il se disait solidaire de tout, de Clovis au comité du Salut public. De même, lors de son avènement, Napoléon III a affirmé dans son discours avoir hérité de tout ce que ses prédécesseurs avaient fait en bien et en mal, et qu’il assumait l’ensemble de ce patrimoine. Leurs fils ont reconnu aussi ce principe, et l’ont suivi dans la mesure de ce que l’ampleur de leur engagement leur permettait. Napoléon IV a notamment donné son appui à ceux qui ont renversé Adolphe Thiers, et faisait preuve d’une sympathie patriotique et philosophique à l’égard du président Jules Grévy dans l’intérêt de la France.  Sympathie qui vient du fait que celui-ci était l’un des seuls opposants à l’Empire à avoir répondu en septembre 1870 à l’appel de l’impératrice Eugénie en faveur de l’union nationale. Aussi, à notre sens, le salut passe par la réconciliation, aussi bien avec l’Histoire qu’avec les « autres ».

SZ: Pour revenir aux deux empereurs. Nous avons d’un côté un Napoléon III mésestimé, et de l’autre le premier qui a fait récemment l’objet de campagnes acharnées (l’une d’elles l’assimilant à Hitler parce qu’elle pointait son rôle dans la ré-instauration de l’esclavage aux Antilles et dans le renvoi du Général Dumas). Avez-vous une explication?

Napoléon III a été victime d’une campagne de dénigrement de la part du régime qui l’a suivi, campagne qui a eu pour complices la presse de caniveau (certains pamphlets et caricatures contre Napoléon III sont même censurés par les réseaux sociaux de nos jours parce qu’ils sont à caractère pornographique) et la plume acide de Victor Hugo. C’est en grande partie parce que la Troisième République a été fondé par des hommes qui ont massacré les Communards, bafoué le suffrage universel et privé les militaires français de leur droit de vote, tout en proclamant qu’il n’y a pas de question sociale (discours de Gambetta au Havre, 1872), que ses dirigeants ont fait preuve de tant d’acharnement contre un empereur très populaire qu’ils avaient trahi. Cet acharnement, secondé par un grand nom de la littérature, était plus facile face à un homme malade, exilé, et bientôt décédé, que face à un Adolphe Thiers dont les menaces ont fait taire le même Hugo lorsque celui-ci a voulu prendre la défense des communards. D’ailleurs vous aurez beau chercher, on compte bien des pages hugoliennes sur « Napoléon le Petit », mais aucun ouvrage comparable aux « Châtiments » pour fustiger les massacres de juin 1848 (Cavaignac) ou de mai 1871 (Thiers). Et bien que Pasteur et Zola aient témoigné pour lui, leurs écrits en faveur de Napoléon III sont souvent passés sous silence parce que ses détracteurs préfèrent fermer les yeux sur les turpitudes de leurs prédécesseurs.

La campagne acharnée contre Napoléon le Grand l’assimilant à Hitler ne pointait pas son rôle dans le « rétablissement » de l’esclavage, ni dans le renvoi du général Dumas, mais prétendait apporter avant tout la preuve qu’il fut le précurseur et le modèle d’Adolf Hitler dans le domaine du génocide. Soit dit en passant que le « rétablissement de l’esclavage » est un abus de langage, le texte de loi censé l’avoir rétabli parle du maintien de l’esclavage précisément parce qu’il s’agissait de reconnaître que l’abolition avait été assez limitée. On peut citer l’exemple de la Martinique, où les colons avaient livré l’île aux Anglais afin de conserver leurs esclaves, et que la France a récupéré – grâce à Napoléon – avec le traité d’Amiens de 1802. C’est parce que l’abolition unilatérale de l’esclavage par la France aurait constitué une déclaration de guerre à l’Angleterre – première puissance esclavagiste de l’époque – que le Premier Consul, devant le refus des assemblées d’accepter un système mixte, s’est rabattu sur le « maintien » de l’esclavage, ce qui n’est pas la même chose que de rétablir une pratique qui aurait été réellement abolie. Mais ce raccourci historique étant devenu habituel dans nos manuels scolaires, on a fini par présenter Napoléon, à tort, sous les traits d’un esclavagiste, voire – avec beaucoup d’anachronismes – sous ceux d’un raciste. Aussi, l’homme qui, selon Dumas lui-même, avait voulu en 1798 que Dumas soit le parrain des enfants qu’il pensait avoir avec Joséphine, et qui avait voulu être le parrain des enfants de Dumas, est présenté comme un adepte de théories raciales formulées un siècle plus tard. Mais le pamphlet auquel vous faites allusion ne cherchait pas à prouver des vérités, le souci de l’auteur était de s’attirer une notoriété, de l’argent et un statut de « rebelle » en s’attaquant à la France à travers le plus célèbre des Français. D’ailleurs les excès, mensonges et falsifications volontaires de sources qui ont servi à l’écrire ont notamment fait l’objet d’un article « Une thèse montée de toutes pièces » de Pierre Branda, disponible sur le site de la Fondation Napoléon. Outre le fait que Hitler ne se comparait à Napoléon que pour le rabaisser à son profit – ce qui n’a pas manqué d’irriter fortement de véritables admirateurs de l’Empereur tels que Rommel ou Mussolini – son modèle dans le domaine du génocide fut « l’anéantissement des Arméniens » qu’il a lui-même évoqué à propos du sort qu’il allait réserver au peuple polonais.

Il faut dire aussi que, de nos jours, la vérité historique, qui repose sur des faits et non sur des polémiques comme nous en avons vu en 2005, est malmenée par une vision de l’Histoire qui cherche à dénigrer sous prétexte que l’impartialité consiste, pour un historien, à dire du mal d’un personnage historique. C’est une réaction à la fois sincère, contre l’hagiographie de ceux qui pensent qu’un grand homme doit être sans tache, et un symptôme malsain de notre époque, où il est à la mode de rabaisser, humilier et dénigrer autrui. Cela ne signifie pas qu’à d’autres époques le « métier » de détracteur n’existait pas, mais avec l’avènement des publicitaires et le besoin d’abrutir le public pour en faire des consommateurs dociles, on assiste à un glissement toujours plus rapide vers le « tout, tout de suite sans rien faire », et la promotion d’une culture du dénigrement qui permet aux esprits mesquins de se venger sur le voisin sous les applaudissements des spectateurs. C’est ainsi que j’approuve les propos de Thierry Lentz, lorsqu’il dit qu’il faut étudier l’Histoire sans excès dans un sens ou dans un autre, parce qu’il existe, à mon sens, un juste milieu entre l’adoration borgne et la haine aveugle qui naît de l’ignorance. Un juste milieu d’ailleurs d’autant plus salvateur qu’une société court à sa perte lorsqu’on préfère applaudir un discours prononcé avec passion qu’un discours où l’orateur dit avant tout la vérité.

Bien sûr, d’autres éléments, tels que l’antimilitarisme outrancier ou la définition manichéenne de la « république » prônée par les défenseurs du Directoire (dictature qui représentait 7% de la population française et se maintenait au pouvoir en cassant régulièrement les élections par des coups d’Etat) ou de la Troisième République à ses débuts sanglants, interviennent. Mais à notre époque, où la plupart des Français ne rencontrent Napoléon III que sur France 2 ou sur les bancs de la Fac, c’est surtout l’ignorance à son sujet, le parti pris de beaucoup d’enseignants politisés et les idées reçues sur son oncle qui reviennent, grâce aussi notamment à une certaine propagande anglophone, très soucieuse de l’image de l’Albion d’autrefois et souvent véhiculée par les jeux vidéo. Mais cette vision ne fait pas l’unanimité, et c’est un historien américain, Robert Asprey, qui a fait remarquer dans sa biographie de l’Empereur que ses compatriotes hostiles à la mémoire de Napoléon au profit de Londres font preuve d’amnésie à l’égard d’une puissance expansionniste qui a non seulement financé sept coalitions contre la France entre 1792 et 1815, mais provoqué la guerre de 1812 – 1815 et brûlé la résidence officielle des présidents des Etats-Unis, qui fut peint en blanc après l’incendie. Je pense que cela fera également réfléchir beaucoup de vos lecteurs sur l’origine des idées reçues qu’ils ont pu entendre sur Napoléon le Grand.

SZ: En quoi vous distinguez-vous des royalistes?

Notre profession de foi nous démarque des royalistes avant tout sur la question de la forme du régime et sur l’hérédité. Le Bonapartisme étant avant tout fondé sur le suffrage universel d’un peuple libre connaissant ses droits et ses devoirs – ce qui nous distingue aussi des fascistes et autres dictatures – nous ne reconnaissons d’empereur depuis Napoléon IV. Nous pouvons illustrer ce point par deux rappels. D’abord, Napoléon III ayant explicitement fait de la transmission à son fils, dans l’avenir, l’objet du dernier plébiscite du Second Empire, le 8 mai 1870, nous estimons que – la Troisième République n’ayant pas osé faire de plébiscite pour confirmer le changement de régime – Napoléon IV a bien régné de la mort de son père, le 9 janvier 1873, jusqu’au jour de la sienne, le 1er juin 1879. Deuxième considération, Napoléon III, conformément au principe qui nous fait cesser la numérotation avec la mort de son fils, a bien régné sous le nom de Napoléon III, et non « Napoléon V », ce qui reconnait le règne de l’infortuné Napoléon II, mais écarte le père et le frère de Napoléon III, qui étaient tous deux devant lui dans l’ordre de la succession.

Il faut également noter, que, contrairement aux royalistes, la restauration d’un membre d’une famille donnée sur un trône hypothétique n’est pas une obligation, et que notre courant politique ne se définit pas par un attachement à des princes, mais à des principes (célèbre réponse du bonapartiste Guy de Cassagnac au royaliste Charles Maurras). Napoléon Bonaparte a été Premier Consul de la République Française, Louis-Napoléon Bonaparte en a été le premier président (d’ailleurs élu au suffrage universel par un raz-de-marée). Les deux ont gouverné un empire qui fut un prolongement de la république qu’ils avaient présidé, et dont ils ont conservé les lois et institutions. C’est la pérennité de cet héritage républicain, indissociable des deux empires, qui fait que depuis le rétablissement de l’élection du président au suffrage universel le 28 octobre 1962, grâce à un « OUI » massif au référendum, on constate bien plus de similitudes que de différences entre la constitution du 14 janvier 1852, ou celle de l’Empire en 1870, et celle de notre Ve République. Et c’est parce que les lois et institutions françaises sont toujours bonapartistes que, contrairement aux royalistes, nous pouvons pleinement y adhérer.

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