L’expérience de la Troisième vague

Die Welle3

L’histoire a inspiré un film datant de 2008 qui n’a eu que très peu d’écho médiatique, hormis dans les milieux alternatifs et parmi les rares étudiants dans le domaine des sciences médico-sociales qui s’intéressent aux conditionnement. 

Quelques années après le test de Milgram un professeur de lycée à Palo Alto, incapable d’expliquer à l’un de ses élèves la prise de pouvoir du IIIeme Reich, décida de fonder un mouvement nommé la Troisième Vague.

Sans dire à ses élèves qu’il s’inspirait de l’idéologie nazie, Ron Jones fit l’apologie de la discipline et de l’esprit de corps seuls éléments capables de consolider une communauté, et que le but ultime de la Troisième Vague serait l’anéantissement pur et simple de la démocratie.

Voici les évènements chronologiques selon Ron Jones:

Lundi : Jones donne une allocution sur la discipline. Il passe ensuite aux travaux pratiques et indique une position assise susceptible de faciliter la concentration et la volonté. Les élèves doivent se lever, commencer leur réponse par « Monsieur Jones » et répondre en quelques mots seulement.

Mardi : la devise du mouvement : « La force par la discipline, la force par la communauté ». Jones analyse l’idée de communauté qu’il définit comme le lien unissant différentes personnes tournées vers un but commun. Ron Jones ordonne ensuite aux élèves de réciter la devise du mouvement et leur enseigne un salut. Il décide de nommer le mouvement « La Troisième Vague », expliquant aux élèves que c’est à la fois parce que la main lors du salut ressemble à une vague sur le point de déferler, et parce que, conformément à une croyance populaire, les vagues de l’océan avanceraient par groupes de trois, la troisième étant la plus forte. Il omet de mentionner aux élèves la référence la plus importante, qui est bien sûr la référence au Troisième Reich.

Mercredi : Il distribue des cartes de membre aux élèves participant au mouvement. Ron Jones donne une allocution sur l’action, entendue comme but vers lequel tendent la discipline et la communauté, et sans lequel elles perdent tout leur sens. Plusieurs élèves lui expriment leur satisfaction et leur joie de participer à la « Troisième Vague ». Les élèves semblent perdre leurs aptitudes à argumenter et à nuancer. Jones constate que la « Troisième Vague » prend des proportions inquiétantes (dénonciation à tout va, menaces envers ceux qui sont contre le mouvement, investissement excessif).

Jeudi : L’expérience perturbe la vie du lycée de manière manifeste (quatre vingts élèves au lieu de trente ; certains sèchent les cours pour assister à ceux de Jones…). Inquiet de l’ampleur et de la tournure que prennent les événements, sentant l’expérience lui échapper, incertain de ses propres motivations pour poursuivre, Ron Jones décide d’en finir. Après une allocution sur la fierté, il annonce que la « Troisième Vague » n’est pas seulement une mise en situation au sein du lycée, mais bel et bien un projet d’ampleur nationale destiné à modifier en profondeur la vie sociale des États-Unis. Il prétend que d’autres enseignants ont, comme lui, fondé des « Troisièmes Vagues » partout dans le pays et que, le lendemain, à midi exactement, le leader national du mouvement s’adressera aux jeunesses de la Troisième Vague. Il s’appuie sur la volonté des membres pour organiser en vingt-quatre heures une réunion exemplaire.

Vendredi : Conférence au lycée. Deux cents étudiants assistent à la réunion. À midi, les portes sont closes et des gardes postés de faction. Ron Jones montre à ses amis l’obéissance aveugle des jeunes présents : il les fait saluer et leur fait réciter la devise du mouvement. À midi cinq, Ron Jones fait éteindre les lumières et allumer des écrans de télévision, annonçant le discours du leader national. Après quelques minutes de silence attentif devant les postes ne montrant que de la « neige », les élèves finissent par s’apercevoir de la supercherie. Coupant court à leur stupeur, Ron Jones procède à un « débriefing » : il explique comment il les a manipulés et dans quelle mesure ils se sont laissés manipuler. Il leur montre à quel point il est facile de verser dans le totalitarisme. Il clôt l’expérience.

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2 réflexions sur “L’expérience de la Troisième vague

  1. « Die Welle », très bon film…
    « Les élèves semblent perdre leurs aptitudes à argumenter et à nuancer », »dénonciation à tout va, menaces envers ceux qui sont contre le mouvement, investissement excessif »… Tiens tiens, cela ne vous fait pas penser à certains Soraliens?

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